Confinement

Homélie de la St Matthias

P. Arnaud Mansuy

En cette fête de l’apôtre saint Matthias, la liturgie nous fait entendre de nouveau l’amour du Christ pour les siens et sa souveraine initiative : « comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés » ; « je vous appelle mes amis » ; « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis ». L’amour de Dieu est premier et il nous invite : « demeurez de [son] amour ». Cet amour de Dieu convoque également notre réponse : « si vous gardez mes commandements » ; « aimez-vous les uns les autres ».

Cet amour de Dieu se traduit par un choix qui donne mission : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ». Aller, porter du fruit et un fruit qui demeure, voici ce qui définit la mission du disciple du Seigneur, du « disciple-ami ». Mission par excellence des apôtres, mission que le Seigneur laisse à liberté de chacun de ceux qu’Il appelle non dans une relation de servitude mais dans une relation d’amitié.

Les Douze choisis par le Christ étaient la figure de cette relation proposée à chacun, et la trahison de Judas rend incomplet cet archétype, aussi il est nécessaire « qu’un autre prenne sa charge ». C’est ce que rappelle la première lecture et le récit du choix de Matthias pour compléter le collège apostolique. Ce choix est opéré à la fois par des critères descriptifs qu’exposent saint Pierre, et à la fois par l’Esprit Saint qui désigne parmi ceux qui remplissent ces critères, celui qui sera associé aux onze Apôtres.

Dans le discours de saint Pierre, nous trouvons un définition de la charge d’Apôtre : « Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection ». Le cœur de la mission apostolique est d’être témoin de la résurrection, et pour se faire il est nécessaire d’être de ces hommes « qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous ».

La charge laissée vacante par la trahison de Judas ne peut passer qu’à un homme qui a été témoin de tout le ministère du Christ, de sa résurrection et de son Ascension. Cette précision nous invite à comprendre que nous ne pouvons être témoin du Christ, comme si nous sommes témoins du Christ « entier » (même si l’expression n’est pas très heureuse). Nous ne pouvons pas choisir d’être uniquement témoin de tel aspect de la vie du Seigneur, de telle partie de son enseignement.

Et cette précision donne une lumière sur le temps entre le matin de Pâques et l’Ascension, période durant laquelle le Christ est apparu aux Apôtres et les a fait entrer dans l’intelligence de sa vie, comme il a ouvert pendant la route l’intelligence et le cœur des deux disciples cheminant vers Emmaüs. C’est cette même expérience que nous fait vivre le temps pascal, pour que nous puissions entrer plus profondément dans la relation avec le Ressuscité, et qu’à l’exemple de saint Matthias nous puissions devenir apôtre, disciple et ami du Seigneur.

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