Actualités, Confinement

Homélie du 17 mars

Homélie du P. François Weber

En exil, le peuple d’Israël se retrouve privé des moyens spirituels qui leur permettaient de célébrer au Temple de Jérusalem leur culte quotidien.

« Il n’est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète,
plus d’holocauste ni de sacrifice,
plus d’oblation ni d’offrande d’encens,
plus de lieu où t’offrir nos prémices
pour obtenir ta miséricorde. »

Nous voici aujourd’hui dans la même situation : il ne nous est plus possible de nous rassembler dans les églises, il n’est plus possible de recevoir l’eucharistie ni aucun sacrement si l’on n’est pas mourant. Et cela arrive au moment de l’année où l’on est le plus désireux de revenir à ces moyens spirituels, “fidèles aux sacrements qui nous ont fait renaître”.

Il ne s’agit pas seulement de la messe – ce que nous avons vécu dimanche dans une certaine consternation. Il s’agit aussi de la confession individuelle, de nos rencontres personnelles, de nos rencontres de groupe.

Nous voulions en parler dimanche – car nous aurions aimé revoir une dernière fois nos fidèles pour entrer dans le temps de confinement en leur donnant quelques provisions ultimes. Ce ne fut pas possible. Il y avait dans l’Evangile de ce dimanche la phrase étonnante du Seigneur à la Samaritaine : Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. Ce n’est pas sur telle ou telle montagne, ce n’est pas dans tel ou tel temple, telle ou telle église, ce n’est pas avec tel ou tel moyen, c’est dans le retrait de sa chambre, là où le Père voit dans le secret.

Il arrive que le Seigneur renvoie les moyens à ce qu’ils sont : de simples moyens. Le Seigneur ne lie pas sa grâce à la pratique des sacrements : il peut pardonner sans le sacrement de la confession, il peut se donner sans donner son Corps. Les sacrements ne sont pas de la magie, des recettes qui sont l’unique canal de la grâce. Le Seigneur est plus grand que les sacrements qu’il a lui-même institués.

Il est un exemple dans l’Evangile selon saint Jean d’une attente excessive des moyens. Quand Jésus rencontre le paralytique de la piscine de Bethesda, le malade explique qu’il a besoin que quelqu’un le plonge dans l’eau au moment où elle bouillonne. Jésus passe outre le moyen magique du lieu en guérissant immédiatement le paralytique.

Mais, avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous, comme un holocauste de béliers, de taureaux, d’agneaux gras par milliers. Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant toi, car il n’est pas de honte pour qui espère en toi.

Pensons à la Corée, qui a vécu les débuts de sa foi sans missionnaires. Pensons aux chrétiens du Japon pendant une longue période où les missionnaires avaient été exclus du pays. Pensons à la foi des pays de l’Est à l’époque du socialisme athée. Nous ne sommes pas persécutés. Nous ne sommes pas en exil. Nous ne faisons que protéger la santé des plus fragiles, jeunes ou âgés. Il nous reste l’essentiel : le Seigneur lui-même, présent dans nos cœurs indignes.

Les moyens, alors, sont-ils vraiment utiles ? Evidemment et nous aurons grande joie de les retrouver. N’oublions pas le retour d’exil des Juifs invités à reconstruire le Temple. D’après le livre d’Aggée, le désir du Temple avait eu le temps de s’étioler quelque peu. Nous espérons, quant à nous, que notre soif dans les “sacrements qui nous ont fait renaître” ne cesse de grandir pendant cette période de solitude.

Vous pouvez laisser des commentaires ci-dessous. Bon courage à tous.

2 commentaires

  • FONTENEAU Isabelle Reply
    17 mars 2020 at 10 h 46

    MAGNIFIQUE !!!!!! Très belle homélie !
    Je suis toujours étonnée de la justesse intemporelle des paroles de l’évangile .

    Merci à vous pour cette belle initiative. Elle nous permet de garder le lien avec vous nos prêtres et avec nos connaissances et nos « voisins de chaises » du dimanche.
    Je voudrais vous faire partager des paroles du Père Werenfried, fondateur de l’Aide à l’Eglise en Détresse :
    « Dieu n’a pas voulu le mal. Il ne l’empêche pas pour ne pas détruire le grand bien de la liberté humaine. Il le permet mais se promène dans les nuits de la terre pour le changer en bien. »
    Belle journée à tous.
    UDP

  • Florence Reply
    17 mars 2020 at 20 h 46

    Merci pour ces homélies qui sont un moyen de cultiver le lien fraternel!

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