Confinement

Homélie du 23 novembre

NOTE : Le P. Bombardier nous livre aujourd’hui sa méditation quotidienne sur l’Apocalypse. Pour ceux qui veulent approfondir ce texte parfois hermétique, vous pouvez vous rendre sur le Blog de la paroisse St Pierre chaque jour (voir la « Méditation du matin ») et bénéficier de son commentaire suivi.



P. Jacques Bombardier. Apocalypse de St Jean 14/1-5

La liturgie nous fait passer le chapitre 12, le centre de l’Apocalypse ! où l’histoire humaine bascule et où commence les temps de la fin ! La 7ème trompette annoncé » le royaume du monde est maintenant à notre Seigneur et à son Christ. Il régnera pour les siècles. » (11/13) Le Ciel a éclaté de joie, un cantique de victoire a été commencé (celui que nous chantons aux vêpres le jeudi soir) puis le Temple du ciel s’est ouvert et l’arche d’alliance est sortie.

Le chapitre 12 nous met devant l’Arche, « signe merveilleux : une femme vêtue du soleil, la lune sous ses pieds et sur la tête une couronne de 12 étoiles… enceinte dans les douleurs de l’enfantement. » C’est le texte que nous lisons le 15 août. « Femme », c’est avec ce mot respectueux que Jésus s’adresse à sa mère à Cana quand elle est la mère du Messei qui accomplit son 1er signe et à la Croix quand elle devient mère des disciples.

Car cette figure est très riche et très complexe.

Elle se tient verticale, debout, droite : stabat comme au pied de la croix.

  • parée du soleil : le soleil est toujours attribué à Dieu. La Femme vient vraiment de Dieu, elle est habillée de la lumière divine. Rien de ténébreux en elle.
  • lune sous ses pieds : la lune représente le monde terrestre soumis au changement. La pâle lumière de la nuit.
  • couronne de 12 étoiles : nous sommes aussi dans l’accomplissement de l’Ancien Testament : « Voici que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi » dit Joseph racontant son rêve en Gn 37/9. Les 12 étoiles : douze fils de Jacob, douze apôtres… plénitude.
  • enceinte et dans les douleurs de l’enfantement. Comme l’arche, elle contient vraiment la Parole qu’est le Christ. Bien qu’elle soit au Ciel, elle est dans les douleurs de l’enfantement : à la fois Marie qui enfante le Messie mais aussi l’Eglise qui sacramentellement enfante des disciples.

au v. 5 : elle met au monde un fils auquel on applique le psaume 2 : » c’est lui qui doit mener les nations avec un verge de fer. » Ps 2/9 cf aussi Apo. 2/27. Elle enfante donc le Messie. Elle est donc Marie.

v. 3- 4 : autre figure : le dragon (c’est-à-dire un monstre qui échappe à toute classification, venant du chaos), rouge feu,(couleur de la révolte contre Dieu) une queue qui balaye le 1/3 des étoiles : le dragon – Satan – manifeste son pouvoir. La chute des étoiles sur la terre dans les spéculations juives du temps, font allusion par Daniel 8/10 à la chute des anges (sur la terre, ils perdent leur finalité en Dieu et ceux qui les suivent se perdent)

v. 5 : Le dragon est posté devant la femme afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Mais « l’enfant nouveau né fut enlevé auprès de Dieu et de son trône. » (v. 5b)

C’est la 3ème forme sous laquelle le Christ nous est présenté dans l’Apocalypse : Fils de l’homme transfiguré aux 7 Eglises (1/13), Agneau immolé dans la cour céleste Apo. 5/6, Enfant ici en Apo. 12/5

Dans cette scène, nous sommes aussi dans l’enfantement promis en Gn 3/15 à Eve : il est promis à la postérité d’Eve (pour Ancien Testament grec, c’est clairement une annonce du Messie) de remporter la victoire sur le mal et donc Satan. La victoire ici (enlevé auprès de Dieu et de son trône) évoque la résurrection/ascension du Christ et sa victoire totale sur le Mal et la mort !

Et l’histoire de cette femme continue… jusqu’au verset 17 où il apparaît que cette femme qui est Eve nouvelle, mère du Messie est aussi Sion/peuple de Dieu (Is. 54/60 et Os. 2/21-25): « le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance ceux qui observent les commandements et gardent le témoignage de Jésus. » C’est toujours Gn 3/15 : la descendance victorieuse de la femme, c’est d’abord le messie, le 1er né. Par rapport à Lui, les croyants sont « le reste de sa descendance ». Paul appellera le Christ « l’aîné d’une multitude de frères » ( Rm 8/29) Cette femme qui est Marie, la Mère du Messie est aussi l’Eglise. Bien se rappeler que dans la tradition biblique, on passa fréquemment de l’individu à la collectivité : l’histoire de la communauté devient celle des individus et vice versa. (ex : le messie est une personne mais tout le peuple est messianique)

v. 6 : la femme - mère du Messie - peuple de Dieu s’enfuit au désert comme naguère Israël à la sortie d’Egypte. Elle échappe aux puissances du mal… Désert : lieu de prière et contemplation. « Elle y est aussi bien cachée qu’elle l’était à Nazareth ». (Plet p. 184)

v.7 : changement de décor : le combat dans le ciel

Voilà que le ciel de paix est l’occasion d’une violente bataille ! C’est le dragon qui en est la cause et son opposition au dessein divin pour les hommes dont il est jaloux.

Michel (dont le nom signifie qui est comme Dieu ?) (Dan. 10/13, 21) dans la bible, est l’ange des grandes causes et des grands combats. Il intercède pour Israël ou pour tous les justes, l’adversaire tout désigné de Satan.

Et Satan est battu : il porte d’ailleurs des noms significatifs, monstrueux glanés dans la Bible qui en montre toutes les facettes nuisibles: le grand dragon (c’est Apoc. La monstruosité morale) l’antique serpent (Gen. Le mensonge et la ruse et sa capacité mortelle comme venin) celui qu’on nomme diable (= grec, le diviseur, le médisant et le calomniateur), Satan (= évangile, l’adversaire, celui qui fait tomber) et, un peu plus loin v. 10, l’accusateur Job 1/9-11, é/4-5 ; Zac.3/1-2), le séducteur du monde entier. Le battu est précipité sur la terre.

v. 10-12 : Une voix – un grand cri de joie ! - annonce et chante la victoire, la venue de la puissance de Dieu. On ne sait pas qui parle.

  • Qui est vaincu ? L’accusateur de nos frères, des disciples du Christ…
  • « qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu » allusion précise à Job 1/9-11
  • Qui est vainqueur ? Les disciples eux-mêmes : Par le sang de l’agneau, par la parole de leur témoignage rendu au Christ, jusqu’au don de leur vie, comme le Christ, ils n’ont pas craint la mort et l’ont suivi jusqu’au martyre.
  • Qui se réjouit ? Les cieux, et tous les habitants (Dieu, saints et anges)
  • Quelle conséquence ? Attention terre et mer ! Le diable a été jeté sur elles » emporté de fureur » » sachant que peu de temps lui reste ». Ainsi « le combat spirituel qui se déroule en ce moment sur terre, parmi les hommes est en étroite relation avec celui qui se déroula au Ciel entre les anges… Jésus avait dit aux 72 disciples envoyés en mission qu’il voyait Satan tomber du ciel comme l’éclair. » (Lc 10/18. Plet p. 185) Mais Jean prévient : le combat continue mais la victoire au ciel est déjà acquise. L’Eglise vit déjà de cette victoire acquise. Les moyens sont donné au-dessus : sang de l’Agneau, témoignage, don de sa vie …

Le chapitre 13 (1-8 puis 11-18) montre comment Satan mène son attaque de la descendance du Messie. Une énorme bête monte de la mer (des forces du chaos) investie par le dragon : elle symbolise le pouvoir politique et économique (pouvoir romain et mais aussi tout autre dans l’histoire) investi par le dragon pour faire la guerre aux croyants, tenter de le séduire jusqu’à les vaincre, fascinant les hommes par l’étalage de sa puissance et par ses mensonges. Elle est aidée par une autre bête, son alliée… qui profère des blasphèmes pendant 42 mois (toujours les 1260 j) contre Dieu, son tabernacle (allusion à la Tente de la Rencontre de l’Exode)… en Apo. 13/5-6, elle ne fait que cela. Elle est une personnification des valeurs païennes (aspiration uniquement matérielle, pouvoir, richesse, plaisir, jouissance sexuelle et autre et distraction.) Son chiffre est 666, il symbolise l’imperfection et l’inaccomplissement éternels.

Dans le Ciel, on évoque le livre de l’Agneau immolé où sont inscrits ceux qui sont vainqueurs de la Bête et hériteront du Royaume. Le v. 18 conclut : « C’est le moment d’avoir du discernement ! »

Chapitre 14/1-5 (texte lu aujourd’hui)

Et nous repartons au ciel ! … Après le triste spectacle du ravage spirituel des hommes séduits par les deux Bêtes. Le moment est critique pour l’Eglise. Jésus avait dit en Mt 24/22 : « Et si ces jours-là n’avaient été écourtés, aucune créature ne serait sauvée ; mais à cause des élus, ces jours seront écourtés. »

La solennité et la gravité de l’apparition sont explicitées par la suite : ce sont les derniers avertissements et l’annonce du Jugement (symbolisé par la moisson et de la vendange de la terre.)

Le ciel reparle à la terre : derniers avertissements

v. 1 : JE VIS : nous sommes mis en présence de l’Agneau « debout sur la montagne de Sion » et avec lui les 144000 élus (Apoc. 7/4) « portant le nom de l’Agneau et du Père sur le front ». Un peu comme un chef de guerre avec ses armées. Les 144 000 ici désignent les élus qui n’ont pas suivi les Bêtes qui sont marginalisés par rapport au règne de la culture des deux Bêtes. Ils n’ont pas vécu et ne vivent pas des valeurs du monde. On n’a pas le texte du cantique mais c’est sans doute à la Victoire du Christ.

v.2 : J’ENTENDIS : une clameur de joie « comme des océans » « comme le grondement fort d’un coup de tonnerre » « comme le chant de joueurs de harpe »… un magnifique chœur céleste… comme les grands chœurs de Bach ouvrant les passions ou les cantates, pendant de longues minutes… comme si tous les siècles louaient Dieu… depuis le fin fond du monde et des temps.

v.3 : ils chantent « le cantique nouveau » devant Dieu (le trône et les 4 Vivants) et les anciens. Ce « cantique nouveau », nul ne peut l’apprendre que les 1440000 les rachetés de la terre. En effet, les hommes de la terre spirituellement prisonniers, sont incapables de chanter ce cantique, ils ne voient même pas les chaînes qu’ils portent.

Le v.4 expliquent que les 144000 sont « vierges » (hommes comme femmes) et suivent l’Agneau partout où il va. Ils aspirent à ce bonheur seul durable, d’être avec l’Agneau. Ils sont contemplatifs, ils sont « avec le Christ »

Mais ce ne sont encore que les « prémices », c’est-à-dire la part des élus réservée à l’Agneau et à Dieu : comme le chantait le psaume 15 (sur l’air de la version gospel de notre enfance) » tu es Seigneur le lot de mon cœur, mon héritage ; en toi Seigneur j’ai mis mon bonheur Toi mon seul partage ».

Et le texte s’achève sur l’affirmation : ils ne mentent pas (le mensonge est diabolique ; dans Ancien Testament, cela désigne souvent la religion des faux-dieux) et sont irréprochables.

Un signe merveilleux apparut dans le ciel, une femme revêtue du soleil,

la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles !

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