Confinement

Homélie du Dimanche III Pâques

Commentaire de l’Évangile : Depuis le jour de Pâques, le Seigneur Jésus n’est plus devenu que « surprise » pour nous. P. Xavier Grandpierre.

Avec les récits de la résurrection qui continuent ce dimanche, comment apparaît la première des qualités qu’a le Ressuscité de nous faire connaître l’amour de Dieu ? En effet, il n’a plus cette allure commune à d’autres à son époque d’être un simple rabbi entouré de ses disciples. Du point de vue humain, depuis le jour de Pâques, le Seigneur n’est plus devenu que « surprise » pour nous. C’est très important de l’admettre car notre culture, en proie au doute en ce moment, a pris l’habitude de tout planifier pour prétendre tout maîtriser et ainsi se sécuriser. Pour tout horizon, elle pense devoir ne pas laisser de place à l’inconnu si elle veut survivre.

Jésus ressuscité lui n’est jamais brutal, mais si nous voulons vraiment le rencontrer, nous n’avons pas d’autre choix que de le laisser se manifester comme il l’entend pour nous sauver. Regardons ses premiers témoins : Marie-Madeleine était dans les pleurs de l’incompréhension devant le tombeau vide. Mais elle préférait se coltiner la vérité en étant si mal à l’aise après avoir tant espéré, que de renoncer à son amour du Seigneur. Thomas dimanche dernier préférait ne pas connaître l’illusion d’une mauvaise consolation, à moins que le Seigneur vivant lui montre les plaies de sa crucifixion ayant causé sa mort.

Ces seules situations d’inconfort ne sont plus souvent acceptées par les gens de nos jours, et même par des personnes qui se disent croyantes. Cependant, ce que nous voyons par l’Évangile, c’est que pour un chrétien, la remise de lui-même au Christ est fondamentale. Quels que puissent être ses émotions et jusqu’à ses péchés, la foi est un don à recevoir du Fils du Dieu vivant, pour adhérer à lui et être ainsi être sauvé. Où qu’en soit la petitesse de la vie de chacun.

Ceux qui ont refusé cette fragilité foncière et parfois douloureuse à offrir chaque matin à Dieu, sont les grands prêtres. Afin de garder leur assurance en ce monde, ils ont préféré corrompre les gardes qu’ils avaient mis en faction près du tombeau du Christ, pour leur faire raconter une histoire inventée de toute pièce, plutôt que de se poser la question du pourquoi du tombeau vide.

En ces jours d’enfermement involontaires que nous devons respecter, des inconforts de toute sorte surgissent, et la fragilité de notre condition humaine nous saute aux yeux même si nous ne la subissons pas forcément violemment au présent. Et comme c’est aussi le temps de la résurrection du Seigneur, nous avons la grâce de pouvoir nous poser des questions importantes comme celle-ci : Sommes nous prêts, laissons-nous réellement par notre disponibilité intérieure le Seigneur Jésus nous rejoindre pour nous faire vivre éternellement de Lui ? Car telle est, ni plus ni moins, sa proposition de salut sur cette terre depuis 2000 ans, aux condamnés à mort que nous sommes en réalité !

Le récit des pèlerins d’Emmaüs concentre les deux moyens « surprises » que le Seigneur a choisi pour se faire connaître à nous depuis sa résurrection. Il y a le moyen des plaies de sa mort révélées aux apôtres ; expérience qui leur est propre et qui nous est transmise comme source de la vie divine dans l’intégralité de la foi de l’Église à chaque messe. À Emmaüs, il s’agit de la surprise que Jésus provoque en disparaissant aux yeux des compagnons, en se donnant à leur foi après leur avoir consacré et distribué le pain qu’il a rompu.

Et il y a, ce qui est souvent considéré à tort comme des expériences inimitables, les nombreuses apparitions surprises de Jésus vivant tel un inconnu. D’abord à Marie-Madeleine avec l’apparence d’un responsable du jardin des tombes ; inconnu avant qu’il ne l’appelle par son prénom. Ou encore comme un quidam sur la rive du lac de Tibériade qui hèle les disciples pour leur réserver une pêche surabondante improbable. Ce mode de surprise est là encore résumé dans le récit d’Emmaüs avec le compagnon de voyage qui se met à marcher auprès des deux amis abattus, en leur expliquant que dans l’Écriture le Christ devait souffrir (c’est-à- dire manifester l’amour de Dieu à toutes les situations humaines compromises) pour entrer dans sa gloire.

Nos insécurités reconnues pour commencer à vivre avec Jésus ressuscité en l’appelant, viennent peut-être surtout de cette deuxième forme surprenante de sa présence que nous devons apprendre à accepter. Car pour entrer dans le Royaume des cieux, c’est sur l’amour que nous serons jugés. Je m’explique : en temps normal, nous ne faisons pas bien attention aux gens sans importance dont le Ressuscité a choisi de prendre l’apparence. Ce que nous pensons souvent à juste titre, c’est qu’il n’y pas plus de raison qu’une autre qu’un jardinier, un passant sur une rive, ou un voyageur puissent être pour nous des témoins de la foi.

Mais si Jésus a voulu être confondu avec eux, n’est-ce pas à cause de « nos yeux empêchés de le reconnaître » ? N’est-ce pas parce que le Seigneur nous désigne ceux-ci en réalité comme des appuis pour exprimer notre foi en lui ? Et en apprenant à les aimer avec lui pour leur bonheur comme des prochains, quitter la mort qui nous menace ? Est-ce que Jésus ressuscité n’a pas donné la clef de cette expression de notre foi en lui, quand il a dit de façon très générale en ce qui concerne les bénéficiaires mais très précise en ce qui concerne le donateurs : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli. J’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” (Mt 25,35-36). L’occasion du chemin d’Emmaüs est pour nous aussi le lien que Jésus permet entre les passages de l’Écriture afin que nos cœurs brûlent…

Souvenons-nous bien de l’accablement de Marie-Madeleine sans Jésus vivant pour elle, le découragement des disciples pourtant expérimentés du lac de Tibériade, la peine des espoirs déçus sur l’histoire du salut par les pèlerins errants d’Emmaüs. Dans le même sens, si nous reconnaissons en nous-mêmes ces impuissances loin de Jésus dans nos espaces confinés actuellement en présence des pauvres proches qui nous supportent (merci à eux), c’est bon signe. Le Seigneur ressuscité est en train de nous positionner de manière à nous communiquer son enthousiasme à nous aimer, en se donnant à nous sur la croix où il a pris sur lui nos détresses. Avec toutes ces personnes qui à nos yeux sont indifférentes habituellement, mais dont le Christ a accepté de partager la condition en ressuscitant, il va bientôt nous montrer qu’en désirant avec Lui devenir plus attentif à elles, notre confinement n’aura pas servi à rien.

3 commentaires

  • Isabelle Bridet Reply
    26 avril 2020 at 9 h 47

    Merci père Xavier !
    Les paroles d’un chant appris il y a fort longtemps reviennent à ma mémoire.

    Ouvre mes yeux, Seigneur
    Aux merveilles de ton amour
    Je suis l’aveugle sur le chemin
    Guéris-moi, je veux te voir

    Ouvre mes mains, Seigneur
    Qui se ferment pour tout garder
    Le pauvre a faim devant ma maison
    Apprends-moi à partager

    Fais que je marche, Seigneur
    Aussi dur que soit le chemin
    Je veux te suivre jusqu’à la croix
    Viens me prendre par la main

    Fais que j’entende, Seigneur
    Tous mes frères qui crient vers moi
    À leurs souffrances et à leurs appels
    Que mon cœur ne soit pas sourd

    Garde ma foi, Seigneur
    Tant de voix proclament ta mort
    Quand vient le soir et le poids du jour
    Ô seigneur reste avec moi.

  • joël Reply
    26 avril 2020 at 11 h 47

    Je voudrais remercier ici tous les prêtres de l’Oratoire. J’apprécie vos homélies, je peux les lire, les relire et enrichir mon cerveau

  • nicole galand Reply
    26 avril 2020 at 13 h 19

    Merci pour cette Homélie ,
    ce qui me surprend toujours et m’émerveille c’est la discrétion de Jésus qui nous rejoint avec compassion dans notre vie remplie de joies ,de peines , d’angoisses ,comme Il a accompagné les disciples sur la route d’Emmaüs

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