Confinement

Homélie du Mercredi de Pâques

P. Xavier Grandpierre. Commentaire de l’Evangile du jour : “Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem…”

Le soir même de la Résurrection du Seigneur, même si ses disciples n’en reviennent toujours pas, chacun d’entre eux a reçu de Jésus ressuscité sa mission : les saintes femmes et Marie-Madeleine encore craintives mais avec la joie au cœur, se sont dirigées avec une vocation toute particulière vers les disciples pour leur dire de se rendre en Galilée afin d’y voir Jésus. Jean voyant le tombeau vide a cru et Pierre, nous rapporte la fin de cet Evangile, a été rejoint personnellement peu avant l’épisode d’Emmaüs par « le Fils du Dieu vivant » qu’il avait confessé aux sources du Jourdain (Mt 16,16).

Mais voilà, le plus grand événement pour les étrangers venus à Jérusalem lors de la fête de la Pâque des Hébreux est tout autre. Ils ont acclamé celui qu’ils avaient reconnu à cette occasion comme le fils de David entrant humblement dans la ville sainte et ils n’en reviennent pas pour une autre raison : une si grande promesse messianique anéantie en si peu de temps ! L’événement pour tous, c’est cette incompréhension et cette injustice-là. « Et nous qui espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël » disent les compagnons de route vers Emmaüs à l’étranger qui les a rejoint.

En réalité, des récits de la Résurrection, le récit des compagnons d’Emmaüs est sans doute le plus universel aux oreilles humaines. Est-ce la raison pour laquelle Jésus ressuscité dans sa joie pour nous, s’y comporte avec le plus d’humour ? « De quoi parliez-vous en chemin ? » n’hésite-t-il pas à leur dire. Car aujourd’hui encore, en dehors des disciples comme nous qui pour toute leur vie ont reçu (s’ils l’acceptent) vocation à le chercher, l’histoire de Jésus pour les plus bienveillants de nos contemporains non croyants, peut leur faire ressasser à son propos des choses mille fois entendues en tant d’autres occasions : “Ce sont toujours les meilleurs qui nous quittent trop tôt… Aucune bonne action n’est reconnue à sa juste valeur en ce monde… Le mal fini toujours par l’emporter… Y a-t-il même vraiment un Dieu après tout ça ?” L’acharnement du mal est en effet toujours déconcertant sans la foi.

La réponse de Jésus, Étranger par excellence à la mentalité générale, est capitale au cours de cette marche. Tous, en particulier ceux qui ne cherchent plus à comprendre – tant ils se sont laissés désabuser comme les compagnons d’Emmaüs par les très réelles épreuves de la vie – peuvent prendre leur part d’Espérance en ce monde, à tout moment auprès de Jésus Ressuscité qui est le même hier, aujourd’hui et demain (lettre aux Hébreux 13,8). Même quand on ne sent pas une vocation particulière à témoigner de sa présence, nous voyons dans ce passage qu’il nous revient justement de laisser Jésus s’approcher de nous, et nous reprendrons Vie ! Ce n’est que de Lui dont parlent les prophètes dans l’Écriture sainte transmise par l’Église. Dans l’Esprit saint qui la fait vivre, Jésus rejoint les cœurs par sa victoire. C’est ce que ressentent, sans s’en rendre tout de suite compte, les cœurs brûlants des deux marcheurs découragés d’Emmaüs.

Ainsi l’expérience spirituelle de la rencontre du Ressuscité rejaillit pour tous en plénitude, lorsque les prêtres du Seigneur célèbrent la messe comme il leur a dit de le faire. Ils rendent, par l’offrande toute pure qu’il fait à son Père de son corps et son sang, son sacrifice libérateur “actuel”. Que le confinement vous prépare déjà à recevoir de vos yeux et en nourriture le Seigneur comme ses messagers qu’il envoie, car à la messe Jésus survient pour notre monde comme jamais.

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