Confinement

Homélie Lundi II Pâques

P. David Vaimbois

Dans le passage du livre des Actes des Apôtres que nous recevons aujourd’hui, on voit clairement l’Esprit Saint à l’œuvre. On voit, en particulier le don d’Intelligence. Ce don, comme les six autres, est reçu au Baptême et il est fortifié / déployé en nous par le sacrement de la Confirmation. Le Don d’Intelligence est le Don par lequel l’Esprit Saint nous ouvre à la compréhension du Mystère à partir de la Révélation (notamment l’Ecriture, la Parole de Dieu). Un passage lu, et relu, que l’on connaît par cœur (ici le Psaume 2) prend tout à coup un relief surnaturel et nous unis davantage à Dieu. Dans notre passage, Pierre, Jean et les autres disciples sont remplis d’assurance (un des maître-mots des Actes : en grec, parrésia : assurance, audace). Ils reçoivent à nouveau l’Esprit Saint et le Don de Force pour rendre témoignage avec assurance. Cette assurance, une nouvelle fois, n’est pas naturelle (selon la chair), mais surnaturelle (selon l’Esprit).

Dans l’Évangile, c’est le début de l’entretien de Jésus et Nicodème. Nicodème est « un notable parmi les Juifs » (Jn 3, 1), un pharisien, membre du Sanhédrin. C’est un homme droit (cf. Jn 7, 50). Il est du côté de la Torah, la Loi, l’Écriture ; il l’étudie, il la connaît.

Pourtant, la connaissance ne fait pas l’Intelligence. Sûrement Nicodème connaît beaucoup de choses : c’est très bien. Qu’il utilise les talents que le Seigneur lui a donné ! Sûrement, est-il intelligent. Aussi, vient-il trouver le Rabbi, le Maître, de nuit, pour discuter avec Lui, pour étudier la Torah, l’Écriture, avec Lui. Oui, Nicodème a une connaissance – « nous savons » (Jn 3, 2) – mais cette connaissance n’est pas la foi. Il reconnaît en Jésus un Rabbi-Maître, qui « vient de la part de Dieu » ; il reconnait que « Dieu est avec lui ». Mais Nicodème ne reconnaît pas encore l’Emmanuel « Dieu-avec-nous ».

Nicodème ne pose aucune question. Jésus cependant « répond » (Jn 3, 3) par une déclaration solennelle. Le but de Jésus, n’est pas de rester sur une affirmation mais de susciter le questionnement pour amener à la foi. C’est la même démarche, par exemple, avec la Samaritaine (Jn 4 ; 3e dim. du Carême, année A). « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu » (Jn 3, 3). Pour entrer dans la vraie connaissance, pour être disciple, il est nécessaire de naître anothen (en grec), de naître à la fois « d’en-haut » et « à nouveau ». Le chrétien, au Baptême, reçoit une vie nouvelle, la Vie Nouvelle et Éternelle du Ressuscité. Ainsi nous pouvons voir et connaître le Royaume de Dieu. Le chrétien, au Baptême, reçoit la Foi, la vraie Intelligence. Dans l’Évangile entendu hier, nous avons vu Thomas. Il se prétendait plus malin que les autres : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20, 25). Mais, tant qu’il est incrédule, il reste inintelligent.

Les incompréhensions de Nicodème, dans la suite de l’entretien, et les réponses de Jésus, nous montrent que le Mystère nous dépassera toujours, dépassera toujours la faiblesse de notre intelligence née « de la chair » (Jn 3, 6). Nous ne pouvons pas connaître le mystère jusqu’au bout. Comme le « vent » (Jn 3, 8), nous pouvons savoir d’où il vient sans en connaître l’origine, ni où il nous mènera, ni où cela va aboutir. Mais, par le baptême, nous entrons dans une intelligence spirituelle, c’est-à-dire « qui naît de l’Esprit ». Nous, pauvres disciples, tout comme Nicodème, sommes appelés à accepter que, sans l’Esprit Saint du baptême, nous ne pourrons pas comprendre. « Il faut » (cf. Jn 3, 7) : il n’y a pas d’autre moyen... Il nous faut naître d’en-haut, à nouveau : être totalement renouvelés dans la Résurrection du Christ et transformés dans tout notre être par l’Esprit Saint, comme l’écrit l’apôtre saint Paul : « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11). Par le baptême, l’Esprit Saint vient nous donner la Vie et la Foi. La Foi vient au secours de notre intelligence faible « de la chair ». Dans l’Esprit Saint, nous recevons l’Intelligence des Écritures qui nous donne de reconnaître le Ressuscité et de témoigner. L’Esprit Saint nous donne l’Intelligence pour reconnaître les « signes » (Jn 3, 2), de reconnaître les œuvres de Dieu dans le monde.

Vivons des grâces reçues depuis notre Baptême. Rendons grâce pour la fidélité du Seigneur. Prions pour les catéchumènes, privés pour le moment des sacrements de l’initiation chrétienne.

2 commentaires

  • nicole galand Reply
    20 avril 2020 at 16 h 00

    Merci pour cette réflexion sur la rencontre de Nicodème et de Jésus , et sur les dons reçus de l’Esprit Saint en particulier le don de l’intelligence , l’Esprit souffle là ou Il veut ! à nous de L ‘ accueillir dans notre vie quotidienne .
    Dans cet Evangile ,il est question de Naissance et de Renaissance , cette Renaissance se fait-elle par la conversion du
    coeur sous l’action de l’Esprit ?

  • Isabelle Bridet Reply
    21 avril 2020 at 9 h 07

    Merci pour votre belle homélie. Prions pour vos confirmands, David. Quelle que soit l’issue immédiate, et dans le cas où ils ne pourraient recevoir le sacrement à la date prévue, rappelez-vous que vous aurez servi le Seigneur en mettant tout votre cœur pour les préparer. Et souhaitons que le désir de recevoir la Confirmation ne fasse que s’aiguiser davantage.

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