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Le carême avec St Philippe (homélies du dimanche)

La congrégation a choisi, en cette année où nous fêtons le 400e anniversaire de la canonisation de St Philippe, de prêcher sur la vie de notre fondateur pendant les dimanches de carême. Veuillez trouver ci-dessous les homélies.


Mercredi des Cendres. Introduction. P. David Vaimbois

Poussés par l’Esprit Saint, les yeux fixés sur Jésus-Christ et à sa suite, nous entrons dans ce Carême. Et cette année, prenons conscience que nous y entrons avec saint Philippe Néri. Nous y entrons avec lui à plus d’un titre. Tout d’abord, nous débutons ce Carême avec la célébration des Quarante Heures d’Adoration, “exercice” restauré par saint Philippe Néri, encore laïc. Le jeune Philippe, qui, les yeux fixés sur Jésus-Christ, invitait ses frères à se relayer devant le Saint Sacrement, aussi bien à coup de clochettes, qu’à coup de fervorino. Nous entrons dans le Carême, poussé par l’Esprit, cet Esprit qui pénétra si miraculeusement le cœur de saint Philippe. Car le Carême est certes la “belle montée vers Pâques” (phrase dont certains se gargarisent un peu trop). C’est aussi le chemin vers la Pentecôte, mystère au cœur de saint Philippe. Avec notre saint, demandons l’Esprit Saint : Esprit de charité et de joie, Esprit de liberté et de profondeur (opposé à la frivolité), Esprit de discrétion, d’humilité et du silence qui écoute.

Nous entrons dans ce Carême avec saint Philippe Néri, plus particulièrement en 2022, année jubilaire pour le 400e anniversaire de sa canonisation qui a été célébrée le 12 mars 1622, en même temps que celles de Thérèse d’Avila, Ignace de Loyola, François Xavier et Isidore le Laboureur. « Quatre espagnols et un saint » ont dit les romains de l’époque. C’est parce que nous sommes dans ce 400e anniversaire que les prédications des dimanches de Carême nous aiderons à (re)découvrir la vie de notre saint, un saint vieillard, plein de jeunesse “image de l’enfance, modèle des vieillards” (cf. litanies). Entrons en Carême, c’est le « moment favorable » (2Co 6, 2) : « Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction » (Jl 2, 14). Entrons dans ce jubilée, c’est le « moment favorable » (2Co 6, 2) : « Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! » (Jl 2, 15-16a).

Demandons la grâce du commencement, du re-commencement, de la conversion. Une oraison du Carême dit : “fais-nous quitter ce qui ne peut que vieillir”. Revenons au temps de la jeunesse. Comme le jeune Philippe, Pippo Buono, le “bon petit Philippe”, redécouvrons la joie d’être aimés de Dieu, le Père et notre Père (comme nous l’entendrons avec Marie-Madelaine près du Tombeau vide) ; redécouvrons la joie d’aimer Dieu ensemble, en frères. Retrouvons l’enfance de Philippe, une enfance non pas sans épreuve (il a perdu sa mère à l’âge de 5 ans), mais une enfance pleine d’esprit sain dans l’Esprit Saint (permettez ce jeu de mot… première pénitence du Carême). Avec saint Philippe, demandons la grâce de retrouver l’esprit d’enfance, un esprit plein d’émerveillement, un esprit pétri par les chants de louange, par la ferveur, par l’émulation mutuelle à faire le bien, un esprit qui aime à s’attarder et à contempler d’abord ce qui est beau. Demandons au Seigneur le don de l’Esprit Saint pour notre conversion, à commencer la conversion de notre regard, de nos yeux, car « la lampe du corps, c’est l’œil. Donc, si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière » (Mt 6, 22). Donc, demandons au Seigneur la conversion du regard pour aboutir, en profondeur, à la conversion de nos cœurs. « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » (Jl 2, 13).

Bon et saint Carême : “je m'avancerai jusqu'à l'autel de Dieu, la joie de ma jeunesse”.

Ier dimanche. Catacombes et solitude. P. Arnaud Mansuy

Le 12 mars 1622 à Rome, le pape Grégoire XV canonisait Thérèse d’Avila, Isidore le Laboureur, Ignace de Loyola, François-Xavier et Philippe Néri, et au quatrième centenaire de cet événement, il semble opportun de présenter celui qui est le fondateur de la Congrégation de l’Oratoire, et de le prendre comme compagnon de carême.

Toutefois, le rapport entre le saint enjoué et l’évangile des tentations du Christ au désert ne semble pas perceptible au premier regard. C’est que notre saint, si marqué par le caractère joyeux de Florence, la ville où il vit le jour en 1515, n’est pas étranger au silence et à la solitude. Arrivé à Rome (en 1535), avant d’entreprendre un apostolat auprès des pèlerins venu dans la Ville éternelle pour l’année sainte, il fréquentera assidument les catacombes.

Cette fréquentation des catacombes et du porche des églises la nuit, n’est pas sans rappeler le séjour de Jésus au désert, poussé par l’Esprit. Car il y a quelque chose de l’audace que seul l’Esprit Saint peut donner pour suivre cette intuition du désert et du choix d’une vie en marge de l’activité de la Ville. À la suite de Jésus, nous pouvons demander à l’Esprit Saint de nous « pousser » au désert, avec la certitude que ce temps béni sera un temps de croissance. L’évangéliste saint Luc reprend l’affirmation deux fois pour en souligner l’importance : Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit il fut conduit à travers le désert… Pour nous aujourd’hui, comme pour saint Philippe autrefois, à l’image du Christ nous sommes conduits au désert du carême avec toute l’Église dans l’Esprit Saint.

Dans la mouvance de l’Esprit, et à la suite du Christ, nous découvrons que le désert est un lieu qui porte du fruit, un fruit abondant, car c’est le lieu de la rencontre avec le Seigneur, le lieu où il souhaite parler à notre cœur. Lorsque nous pensons au désert, nous l’associons à l’épreuve et aux tentations. Mais le désert dans l’expérience du peuple d’Israël et dans l’expérience de Jésus lui-même est le lieu de la sollicitude de Dieu. Expérience du retrait, le désert comme les catacombes où Philippe aimait à se retirer sont des cadres privilégiés pour goûter l’intimité du Seigneur, de Dieu qui se révèle non dans l’ouragan ou la foudre de l’orage, mais dans le silence d’une brise légère. Si cette expérience nous la vivons personnellement, nous ne la vivons jamais seul. Les catacombes étaient le lieu de sépulture des premiers chrétiens, et saint Philippe dans sa méditation nocturne s’appuyait sur cette multitude de témoins pour enraciner sa propre expérience.

L’amour de la solitude de saint Philippe, qui sera une caractéristique de toute sa vie, même au milieu d’une multitude de compagnons et d’amis, met en lumière le paradoxe de toute vie baptismale, qui est à la fois une vie profondément communautaire et ecclésiale, et en même temps un chemin extrêmement solitaire car la réponse que nous pouvons apporter à l’invitation du Seigneur ne peut jamais être qu’une réponse personnelle. Et si dans la vie de foi, nous sommes encouragés et entraînés par la foule de celles et ceux qui avant nous et autour de nous répondent à l’appel du Seigneur, jamais personne ne pourra se substituer à la réponse que le Seigneur attend de chacun de nous.

Aussi le temps que saint Philippe passait dans la solitude lui a permis de discerner l’appel de Dieu, de murir sa réponse et de puiser la force de l’accomplir. Le solitaire des catacombes nous invite à aimer le désert, à aimer le carême, car malgré les renoncements, ces temps et lieu sont pleins de la présence de Dieu.

Mais n’est-ce pas un tableau trop idyllique que je dresse du désert et du carême ! Car l’Évangile développe que durant les 40 jours qu’il passe au désert, Jésus est tenté par le diable et lorsque la faim se fait sentir au bout de ce temps, Satan déploie ses dernières armes, sans doute les tentations les plus fortes pour arriver à ses fins. Donc oui le temps du carême est exigeant et parfois difficile, mais c’est un temps béni. Et dans la mesure où nous choisissons de le vivre pleinement, il pourra être le temps du combat à l’image de toute la vie chrétienne qui est toujours un chemin de crête et un combat toujours renouvelé.

Alors sommes-nous sans arme pour entrer dans ce combat ? Non bien évidemment. Et saint Philippe de nous donner l’exemple des moyens simples pour vivre ce temps de carême. En premier lieu nous avons Jésus. Cela peut nous paraître simple, trop simple même, mais là encore saint Philippe ne faisait que suivre la longue tradition spirituelle de l’Église. La seconde lecture nous le rappelle : si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu sera sauvé. Et saint Paul d’exhorter : quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. C’est dans le nom de Jésus ressuscité, en le contemplant dans sa Présence eucharistique, en nous tournant vers lui dans le mystère de sa passion et de sa croix, que nous pouvons vivre le temps du carême pour en recueillir les fruits de grâce que le Seigneur veut pour nous.

Les biographes rapportent que dans sa solitude, saint Philippe emportait avec lui la Parole de Dieu ou la vie des saints. Comme Jésus victorieux dans les tentations du démon, la Parole de Dieu se révèle être une Parole de vie qui nourrit, console, réconforte et apaise. Et les vies des saints qui sont pour nous le témoignage de la Parole de Dieu mis en actes dans l’existence d’hommes et de femmes dans les différentes circonstances de la vie et de l’histoire peuvent nourrir notre marche de carême à la rencontre du Christ.

Enfin, toute sa vie saint Philippe a eu un attachement filial à Marie. Elle qui fut la servante du Seigneur, elle la plus humble des créatures de la terre, nous soutient de sa prière et de sa tendresse maternelle. Comme saint Philippe, et comme d’autres saints tout au long de l’histoire de l’Église n’ayons pas d’hésitation à recourir à l’intercession de celle que le Christ nous a donné comme mère du haut de la croix.

Dimanche II. La Pentecôte 1544. P. Bruno Houplon

La liturgie, en ce 2ème dimanche de carême, nous offre la joie du récit de la Transfiguration. C’est un récit qui est un cadeau, un cadeau du Seigneur pour ses Apôtres, pour nous, pour nous donner espérance dans les moments difficiles, pour nous encourager. C’est un récit lumineux où il apparaît avec son Père, avec Elie, avec Moïse ; on voit très bien le lien profond avec le Père, avec l’Esprit Saint ; un peu comme dans le baptême. C’est un moment paisible, lumineux, un grand moment… et pourtant on peut se demander : à quel moment le Seigneur est transfiguré ? il me semble que la seule réponse qui vaille c’est à la Croix. A la Croix où il a tout donné, où il nous a aimé jusqu’au bout. C’est aussi juste après ce passage de la Transfiguration, avec cet enfant épileptique qu’il guérit, avec ce contact qu’il a avec les personnes qu’il rencontre où il se donne. Finalement il nous montre, à la fin du récit que lorsque l’on est grand, lumineux, quand on fait sa volonté, quand on est rayonnant… c’est le moment où on aime les autres, où l’on se donne aux autres, où on est totalement sorti de soi pour aimer par la charité. Le Seigneur nous dit : eh bien, vous avez vécu un beau moment sur la montagne… maintenant descendez dans la plaine ; allez au contact avec les gens et n’ayez pas peur de vous donner comme je vais le faire pour vous à la Croix.

Évangéliser, c’est porter la Bonne Nouvelle du Christ.

Saint Philippe Néri indique par sa vie que la mission de tout chrétiens, c'est une affaire de joie. « Un saint triste est un triste saint », aurait dit saint François de Sales. Banco ! Un missionnaire ne doit pas être un triste saint mais une personne qui transpire de la joie de se savoir aimé par Dieu et de le transmettre aux autres. Il ne s’agit pas de rire bêtement à qui mieux mieux mais de vibrer pour un message et de le transmettre simplement, gaiement de cette joie qui nous vient de l’Esprit Saint.

Vous le savez, quand Saint Philippe arrive dans la Ville Sainte, il va vivre comme un ermite (il y en a beaucoup dans la Rome de cette époque) pendant au moins 10 ans : logé chez un compatriote florentin, le directeur des douanes Caccia dont il aide les fils dans leur éducation, Philippe va d’église en église, prie et soigne les malades à l’hôpital, en particulier à l’hôpital St Jacques des Incurables.

Mais surtout, saint Philippe passe ses nuits dans les catacombes de St Sébastien au milieu de la campagne romaine, tout près des martyrs : dans une Église qui est tiède, divisée, païenne de son temps ; il a besoin de frères ardents ; en attendant de les trouver parmi les jeunes romains, Philippe les rencontre dans les catacombes auprès des tombes des martyrs pour la foi et le nom de Jésus. C’est dans ce lieu fréquenté assidûment chaque nuit que se situe l’événement marquant de la vie intérieure de St Philippe : la Pentecôte de 1544. Philippe avait aussi pour habitude quotidienne de prier spécialement le Saint Esprit et de lui demander en toute humilité ses grâces et ses dons….Tandis qu’il priait ainsi aux approches des fêtes de Pentecôte, Philippe se sentit pressé plus vivement que jamais d’odorer l’Esprit Saint et d’implorer ses lumières. Pendant qu’il priait, il vit comme un globe de feu, et tout à coup il lui sembla que ce feu, venu du ciel, remplissait sa bouche, descendait en lui et allait se reposer auprès de son cœur. Il sentit soudain dans son cœur une telle explosion du grand amour du St Esprit qui le submergeait, que son cœur se mit à battre si fort dans sa poitrine qu’on pouvait l’entendre du dehors. Ce feu divin, cette effusion de l’Esprit Saint a continué de brûler perpétuellement dans son cœur. Cette expérience de l’amour emplit Philippe d’une joie folle, une joie qui lui vient tout entière de l’amour de Dieu.

Lorsque saint Philippe pressait tendrement contre son cœur quelqu’un de ses enfants spirituels, sa palpitation leur faisait éprouver une sorte de choc électrique accompagné d’une douce consolation et d’une paix intérieur. Ceux qui étaient fatigués par une tentation pénible se trouvaient délivrés dès qu’ils s’étaient reposés un instant sur le cœur de saint Philippe. Cette palpitation était accompagnée d’une chaleur intérieure qui parfois ‘étendait à toutes les parties de son corps. Que de fois, pendant les plus rigoureuses nuits de l’hiver, on fut obligé d’ouvrir les fenêtres de sa chambre, de rafraîchir son, de recourir à divers moyens pour attiédir le feu qui le dévorait. Et il disait en riant : « N’est-il pas honteux que des jeunes gens souffrent du froid tandis qu’un vieillard n’en souffre pas ! »

Nous savons la place que le Saint Esprit tient dans la vie de saint Philippe, en particulier dans cet épisode de la Pentecôte 1544.

Expérience spirituelle fondatrice. Fondatrice de ce que sera le reste de sa vie. Mais aussi fondatrice parce qu’atteignant « au fondement » de son être, son cœur.

Certes toutes les effusions du Saint Esprit sont différentes. Et l’événement de la Pentecôte au temps des Apôtres est lui-même d’un autre ordre car il est fondateur de l’Eglise tout entière. Mais que l’événement de 1544 se soit passé pendant la vigile de la Pentecôte n’est pas sans signification. La diversité des langues souligne la diversité des dons. Dans tous les cas ce sont des langues de feu. Si la Pentecôte consacre l’envoi en mission n’oublions pas que le ressort de la mission est l’amour, la « charité répandue en nos cœurs ».

Dimanche III. Le mode pastoral de St Philippe. P. François Weber

L’oratoire a voulu, pour marquer le 400e anniversaire de la canonisation de notre fondateur, Philippe Néri, dédier les homélies du carême à quelques aspects de la vie de notre saint.

Aujourd’hui nous regarderons le mode pastoral de saint Philippe. Mode directement inspiré par la page d’évangile que nous venons d’entendre.

Le Seigneur Jésus annonce l’évangile avec plusieurs méthodes différentes. Par exemple, il prêche aux foules, en les enseignant longuement. Ou bien il rencontre personnellement des hommes et des femmes sur son chemin, comme Zachée ou Nicodème et aujourd’hui sainte Photine, la Samaritaine.

Saint Philippe pouvait très bien s’adresser à des groupes à Rome au XVIe siècle mais rarement à des foules nombreuses. Surtout, sa manière d’évangéliser consistait à déambuler par les rues et les places de son quartier, tout petit, et de s’adresser personnellement à toutes les personnes qu’il rencontrait, commerçants, banquiers, va-nu-pieds, pèlerins. Il stationne aussi, très longtemps, dans sa petite église de San Girolamo, adossée au Palais Farnèse, attendant les pénitents. Nous aussi, il nous arrive les samedis après-midi d’attendre vainement les pénitents – mais notre église est parfois plus fréquentée par les touristes que par les pratiquants.

Il y a des personnalités missionnaires comme saint Paul qui passent de ville en ville et qui fondent des communautés qu’ils enflamment de leur zèle pour le Christ. Quand saint Paul reste deux ans à Corinthe, c’est un record. Saint Philippe, quant à lui, demeure soixante ans dans un mouchoir de poche, auprès du lieu où le même saint Paul immobilisé à Rome a passé sa captivité. Saint Philippe voit grandir les gens, accompagne leurs moments de galère et leurs événements joyeux, les naissances et les mariages, les deuils et les ruines financières. Lui aurait dit à Photine : je connais les cinq maris que tu as eus et l’homme avec qui tu vis aujourd’hui.

On nous a souvent dit que notre présence à Nancy – cela fait 25 ans que nous sommes en Vieille Ville – est un témoignage de fidélité dans une société liquide où les paroissiens ne font que passer. Cela nous fait chaud au cœur de revoir, parfois, les enfants d’une famille que nous avons vu grandir et qui reviennent, adultes, pour nous retrouver là où nous n’avons pas bougé, avec quelques années de plus et des cheveux blanchis.

A ce propos, j’aimerais dire une chose. Une paroisse est tenue par ses paroissiens. Ce sont eux qui en font un lieu dynamique, pas seulement les prêtres qui sont à leur service. Ici, nous sommes, avec les quelques paroissiens de longue date, les anciens du quartier et cela, il me semble, désinvestit énormément les fidèles. Intuitivement beaucoup se disent : il y a neuf frères ici, ils sont là depuis toujours, ils tiennent la baraque. Mais il n’y a qu’un seul prêtre ici qui soit responsable de la paroisse : c’est le P. David, le curé. Les autres ont des ministères ailleurs et n’ont pas pour tâche de s’occuper de la paroisse. Techniquement, ils ne sont pas au service du quartier mais des membres de l’oratoire séculier et des groupes apostoliques présents autour de la basilique. Pour rayonner dans le quartier, le curé a besoin de laïcs, ce qui est vrai de n’importe quelle paroisse catholique.

Le Seigneur nous prévient aujourd’hui : le témoignage, l’évangélisation, consiste à semer la parole dans les cœurs – un par un si l’on suit l’école de saint Philippe. Mais nous ne récolterons pas. “L’un sème, l’autre moissonne”. Nous travaillons pour les générations futures et saint Philippe nous apprend une chose que notre époque n’arrive pas à assimiler pleinement : nous avons besoin de temps. L’évangélisation est un travail à long terme – au moins pour les disciples de saint Philippe. La vie chrétienne est une réalité qui dure, ce qui fait de la fidélité une des vertus les plus difficiles pour notre monde contemporain.

Dimanche IV. St Philippe et le soin des petits. La charité en acte. P. Etienne d’Hausen

Difficile de ne pas voir combien la question du regard et de l’aveuglement, est au cœur de notre 4e dimanche de carême. Le regard et l’aveuglement sous toutes leurs formes : du cœur, des yeux, de la foi. Et le sommet, c’est la fin de l’évangile, lorsque l’aveugle guéri entend Jésus lui demander : crois-tu au Fils de l’homme ? Qui est-il, Seigneur ? Tu le vois, c’est lui qui te parle ! Alors il se prosterna devant lui. Voilà la véritable guérison que Jésus offre à cet homme.

Jésus est venu pour que ceux qui ne voient pas, puissent voir, et voir d’un regard totalement nouveau.

Vous savez qu’en ce carême 2022, nous vous parlons particulièrement de S. Philippe Néri. Et ce dimanche consacré au regard nouveau que vient nous offrir Jésus, permet de mettre en relief le regard bien particulier de S. Philippe sur tous ceux qui croisent sa route.

Saint Philippe a la grâce de voir les personnes. De voir leur âme. De voir en eux des frères, des sœurs. De voir en chacun un être unique et resplendissant. C’est une grâce immense qui lui est échue, d’une façon absolument originale. Il me semble (je parle peut-être un peu vite) qu’on ne peut dire d’aucun autre saint, qu’il a eu à ce point la grâce d’un regard pur, vrai, personnel sur les autres.

Très tôt, c’est sur les plus pauvres, les plus pécheurs, les plus malades, que son regard s’arrête. Le cœur touché par leurs indigences, il s’engage sans réserve à leur service, non par condescendance mais parce qu’il les aime, vraiment. Il veut prendre chacun, personnellement en charge. Philippe est l’homme de la proximité, qui se fait résolument le prochain de tous ceux qu’il rencontre. A la différence d’un saint Ignace, qui voit au loin, qui planifie, qui organise et mesure comme un stratège, S. Philippe est myope dès qu’il s’agit de regarder plus loin que le prochain.

Nous savons bien d’expérience que tel n’est pas notre regard. Consciemment ou non, notre regard trie, sépare, catalogue. L’influence des images, celles de nos écrans et des panneaux publicitaires, est immense et brouille toutes nos perceptions. Nous perdons le sens de ce qui est beau, bon, vrai et qui est pourtant là partout autour de nous. Nous sommes attirés par ce et ceux qui nous ressemblent et de moins en moins capables d’affronter ce qui nous est dissemblable. De moins en moins capables de gratuité. S. Philippe, lui, a des amitiés si variées qu’on ne peut absolument pas dire qu’il serait plus proche d’un milieu que d’un autre. Le geste, un peu violent, de déchirer son arbre généalogique montre bien son désir que rien ne se glisse entre lui et celui ou celle qu’il rencontre. Il se tient là, en simple frère.

Pour le dire d’un mot, S. Philippe est attentif. De l’attention que Dieu a envers nous. Car Dieu est infiniment attentif à chacun de ses enfants. Nous disons, pendant le temps du carême : “Attende Domine, et miserere !”, ce qui signifie “prête attention à nous, Seigneur, et prends pitié” mais plus qu’une requête, c’est une affirmation : “Tu prêtes attention à nous, Seigneur !” Dieu est attentif ! Il tend son esprit, son regard, vers nous. Tendre, comme on tend la corde d’un arc. Tendre vers, il y a une intention forte et précise.

Être attentif, se faire présent à l’autre, c’est un acte de la volonté, C’est tout simplement l’amour en acte. Il ne s’agit pas d’une qualité que nous aurions plus ou moins, naturellement. Mais d’une conversion du regard qui ouvre à la réalité véritable. Les hommes regardent les apparences, Dieu regarde le cœur, dit le Seigneur à Samuel. Dans l’évangile, Jésus donne la grâce à l’aveugle guéri de le reconnaître, lui Jésus, Lumière du monde. S. Jean dans sa 1ère Lettre, dit à propos de Jésus : “Nous avons reconnu l’Amour”, et plus loin “Celui qui a de quoi vivre en ce monde, s’il voit son frère dans le besoin sans faire preuve de compassion, comment l’amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui”. En tout cela, il s’agit d’attention.

Simone Weil a écrit de très belles pages, bien connues, sur l’attention. Pour elle, tout effort d’attention est une préparation à la prière, car “l’attention, orientée vers Dieu, est la substance même de la prière”. Elle explique avec beaucoup de subtilité que l’attention n’est pas une sorte de concentration appliquée, mais plutôt une attente (attente/attention, c’est le même mot), et un désir, une disponibilité. Elle dit même : “toutes les fois qu’on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi”.

Toutes les fois qu’on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi !

Demandons donc à S. Philippe (et pourquoi pas à Simone Weil, qui bien que non baptisée a touché de si près le Christ), de nous aider à quitter la dispersion et l’aveuglement, pour être attentifs. Pour voir, en la cherchant, la Lumière qui est Jésus, dans la beauté qui est autour de nous. Pour la voir en nos frères, dans leurs fatigues, leurs peines, leur courage. Pour la voir en nous, car chacun de nous est fait pour la Lumière.

Dimanche V. St Philippe et le mystère de la mort.
P. Bruno Gonçalves

Avant d’être face à sa propre mort, moment de vérité s’il en est dans la vie d’un homme, Jésus est confronté à la mort d’un autre, celle de son ami Lazare. Voilà des moments bien inconfortables surtout lorsque la mort arrive comme un voleur et avec violence. Nous n’aimons habituellement pas être pris à revers et nos anciens priaient d’être délivrés de la mort imprévue.

Singulièrement, la mort nous surprend toujours de plus en plus et ce, pour une raison bien simple, c’est que nous vivons souvent comme si elle n’existait pas. Nous l’avons relégué loin de nous comme un oiseau de mauvais augure avec lequel nous ne souhaitons pas frayer. Alors, l’homme créé des hôpitaux mégalopoles qu’il installe en des lieux éloignés de ceux où vivent les gens en bonne santé, nous devenons de plus en plus hypocondriaques nous gavant de médicaments comme un enfant engloutit un paquet de bonbons. Les enfants d’ailleurs que l’on protège consciencieusement de la mort. Il est hors de question qu’un enfant approche d’un mort même si celui- ci est un très proche. Pas question non plus de l’emmener aux funérailles, cela risquerait de le traumatiser. Notre attitude pendant la crise du covid me parait aussi quelquefois symptomatique de ce même rapport mal ajusté à la mort. Alors oui, sœur la mort corporelle, que saint François d’Assise appelait son amie a disparu de nos vies mais se rappelle toujours à notre bon souvenir au moins une fois.

J’ai conscience que mon propos est un peu caricatural, et vous voudrez bien m’en excuser. Je cherche juste à réveiller en nous une réflexion de conversion sur le sens chrétien de la mort.

La mort est certes d’abord la conséquence du péché, un homme, le vieil Adam, a fait entrer la mort dans le monde par le péché. La mort comme lié au péché est la fin de toute chose. Le peuple Juif croyait d’ailleurs que le shéol était tout simplement un lieu d’oubli loin de Dieu et des hommes. Le Christ assume cette mort, il est le nouvel Adam qui va vaincre cette mort et la transfigurer en un passage vers le Père dont la croix est la clef selon le mot du saint curé d’Ars.. Ce n’est plus alors la fin de toute chose mais au contraire une forme de commencement comme nous l’apprend saint Thérèse de Lisieux : « non, je ne peurs plus j’entre dans la vie ». Notre vie chrétienne est ainsi marquée de deux pâques essentielles, le baptême et le jour de notre mort. Jour où nous verrons Dieu face à face, jour où nous lui serons semblable parce que nous le verrons tel qu’il est, jour où notre vie sera accomplie puisque : « la vie de l’homme c’est la vision de Dieu » selon saint Irénée. À l’oratoire de Turin, le père qui décède est d’ailleurs placé dans un espace de la crypte juste en dessous du baptistère pour indiquer que la mort est bien une pâque.

La vie de saint Philippe est à ce sujet particulièrement enseignante. Comme un bon compagnon de notre carême, saint Philippe peut nous enseigner utilement sur le sens chrétien de la mort.

Commençons par sa propre mort, Philippe meurt à la Chiesa Nuova le 26 mai 1595 à l’âge de 80 ans . A d’autres moments de sa vie, on a cru le perdre mais la santé lui est toujours resté, quelquefois par l’intercession même de la Mère de Dieu comme il le racontait lui- même. Saint Philippe connaissait le jour de sa mort. Par une petite comptine, il l’avait annoncé à ses jeunes disciples, l’heure même où cela devait se produire. Ce jour-là, son médecin lui avait prédit de longs jours vu son excellente santé du moment. Saint Philippe est resté très paisible même en connaissant l’heure de sa mort. Il n'avait d’ailleurs pas arrêté de toute la journée. Comme à son habitude, il avait beaucoup confessé demandant tranquillement à ses pénitents qu’ils prient pour lui un chapelet au moment où son âme quitterait cette terre. Il avait dit pieusement la messe pendant deux heures du fait de ses fameuses extases et il avait aussi beaucoup reçu de visites qu’il a voulu toutes honorer. L’heure précédant sa mort, Philippe prévient tranquillement ses frères de communauté en leur demandant de ne pas déranger les médecins ou qui que ce soit. Il leur parle tranquillement et attendit que tous les pères de la maison soient présents dans sa chambre pour rendre son âme à Dieu. Saint Philippe mourut le visage en paix tournée vers le ciel comme le lieu naturel de tout chrétien. Il y a là quelque chose de paisible que rends si bien d’ailleurs la messe grégarienne des défunts.

Saint Philippe est connu pour être un des patrons de la bonne mort. Tous les 16 mars, la famille des princes Massimo ouvre la porte de sa chapelle pour la célébration d’une messe en mémoire d’un miracle de répit permis par saint Philippe. Saint Philippe s’est beaucoup donné à la jeunesse de Rome qui se confiait à lui et lui confiait volontiers son âme. Ainsi en était-il de Paolo Fabrizio Massimo, garçon prometteur d’une quinzaine d’années. Hélas, en ce début 1583, la santé de ce dernier est inquiétante. Le jeune prince ne quitte plus le lit et les visites quotidienne de saint Philippe sont pour lui une consolation. Hélas au moment de l’agonie, Philippe est introuvable et Paolo rend son âme sans l’assistance de son père spirituel. Apprenant la nouvelle, st Philippe ne se trouble pas, il entre dans la chambre du garçon et s’écrit « Paolo, réveille -toi ». Notre ami ouvre alors les yeux à l’étonnement de tous et le jeune prince de vouloir se confesser avant de retourner paisiblement à Dieu l’âme en paix. Ce jeune homme ne craignait pas la mort mais il craignait l’autre mort, la mort éternelle, celle qui concerne notre salut. Déjà dans ce carême, Jésus nous avait averti de ne pas craindre ceux qui ont pouvoir sur le corps mais bien sur l’âme. Mourir est une réalité qui nous concerne tous à un moment qui ne nous appartient pas. Pour autant, la mort ne nous dépossède pas de notre relation à Dieu pour qui nous sommes faits. Il est surprenant de considérer combien nous avons si peur de la mort naturelle et redoutons si peu la mort éternelle. Peut-être parce que cette dernière nous semble lointaine c'est-à-dire pour plus tard ou alors bien abstraite. En cela, nous faisons une erreur majeure. Ce soir, même Dieu te redemande ta vie lisons nous dans l’évangile. Le petit Paolo est revenu à la vie juste pour se confesser, l’arme suprême contre la perdition de l’âme. C’est la seule chose qui comptait à ses yeux de jeune homme de 15 ans comme cela en sera de même pour d’autres jeunes saints comme Dominique Savio. Permettez-moi de vous partager un étonnement…. Celui, en cette période de carême, de voir si peu de chrétiens se confesser. Il y a des semaines où il n’y pas une seule personne qui vient se confesser sur les trois créneaux. Comme c’est singulier. Dans la version la plus optimiste, cela peut signifier que nous sommes tous convertis et le royaume des cieux advient, là maintenant. Dans la version la plus pessimiste, cela peut signifier que nous ne avons perdu le sens du péché et nous sommes alors en grand danger.

Dieu veut donner sa miséricorde en abondance, Dieu veut que l’homme soit sauvé et il transfigure la mort pour cela, Dieu veut que l’homme ne soit pas livré au pouvoir de Satan, Dieu veut l’homme aimant de son amour propre et nous ne le voulons pas ou du moins pas assez. Voilà une petite mort qui devrait nous faire réfléchir… Que Dieu nous aide à devenir vivant devant lui sans crainte de la mort naturelle et avec un grand désir d’un cœur donné à Dieu et livré à sa miséricorde.


Jeudi Saint. St Philippe et l’eucharistie.
P. David Vaimbois

Chers frères et sœurs,

Comme l’immensité du ciel se reflète dans une petite goutte d’eau, de nombreux mystères du Ciel se laissent contempler dans cette eucharistie en mémoire de la Cène du Seigneur. Ce soir, Jésus se révèle comme notre Communion : communion avec Dieu et communion fraternelle. En cette eucharistie, nous voyons agir l’Amour de Dieu en personne. En ce jour de la Cène, Jésus manifeste son amour jusqu’à la perfection, Lui qui “ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout” (Jn 13, 1). Aujourd’hui, l’Eucharistie demeure le sacrement de son amour. Jésus se donne Lui-même. Il veut nous révéler ainsi, au début du Triduum pascal, l’amour infini de Dieu pour l’homme. Dans l’Eucharistie, cet admirable sacrement, se manifeste l’amour “le plus grand” (Jn 15, 13), c’est-à-dire “donner sa vie pour ses amis” (Jn 15, 13).

Jésus “les aima jusqu’au bout” (Jn 13, 1) : avant de mourir sur la croix, Jésus lave les pieds de ses disciples. Par ce geste d’humilité infinie, le Seigneur nous invite à accepter que Dieu s’abaisse jusqu’à nous. Dieu sera toujours trop grand pour nous, notre cœur ne sera jamais à la hauteur de l’Amour qu’Il nous donne. Alors Dieu s’abaisse, pour permettre l’amitié réciproque avec Lui. Ce soir, Jésus nous dit : “Moi, Ton Créateur, je me suis épris de Toi, au point de m’abaisser devant toi.”. Ce soir, Jésus lave les pieds de ses disciples pour rejoindre notre cœur : Il veut qu’entre Lui et nous s’établisse la communion, l’amitié. La communion avec Dieu : c’est l’un des fruits de l’Eucharistie.

Jésus dit : “Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous” (Jn 13, 14-15) comme Il dira : “Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés” (Jn 13, 34). L’invitation de Jésus est claire : imiter le Maître qui s’est fait serviteur. Comment pourrions-nous attirer nos frères vers le Christ sinon en estimant nos frères supérieurs à nous ? Comment attirer nos frères au Seigneur – et non pas les attirer à nous – sinon en épousant l’attitude de Jésus, notre Dieu qui s’abaisse devant sa créature ? Ce soir, Jésus vient faire jaillir l’amour pastoral, l’amour du Bon Pasteur, dans le cœur de Ses prêtres. Il vient faire jaillir aussi, dans le cœur de tous les fidèles, le fleuve de l’amour fraternel. L’amour fraternel est le second fruit de l’Eucharistie en nous : nourris de son amour, nous sommes rendus capables, par le Corps de Jésus Lui-même, de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés. Le Seigneur nous pousse à agir à sa suite, à être les gardiens les uns des autres, les serviteurs les uns des autres. Prions aussi ce soir, pour les petits du troupeau, les catéchumènes qui ont hâte de s’approcher de la table eucharistique. Prions pour ceux qui se préparent à la Première Communion.

Si la vie de saint Philippe est très marquée par le mystère de la Pentecôte, elle ne l’est pas moins par le mystère du Jeudi Saint. Quand on se penche sur la vie que saint Philippe a menée à Rome, comme laïc d’abord et comme prêtre ensuite, deux mots reviennent sans cesse : le service et l’eucharistie. Saint Philippe, laïc, ne cesse jamais de prendre soin des malades et de s’en occuper comme des membres de sa famille. Il a toujours le souci des pauvres et des petits dans une charité personnelle, dans une rencontre cœur à cœur. Non seulement il aidait les pauvres et les petits mais il les connaissait et les aimait personnellement. En 1550, laïc, il fonde la Confrérie de la Très Sainte Trinité, dédiée au soin de malades et de pèlerins. Dans un même mouvement, il entraine ses confrères dans son amour pour l’Eucharistie, passant de longues heures devant le Tabernacle et restaurant l’ancienne pratique des Quarante Heures d’Adoration. Devenu prêtre, par obéissance à son père spirituel, saint Philippe célèbrera quotidiennement la Messe avec ferveur et dévotion. Il promeut la communion fréquente (donc se tiendra souvent au confessionnal). Il disait de l’Eucharistie : “ayons soif ! ayons soif !”. Il y croyait de tout son cœur : un servant a témoigné l’avoir entendu dire, alors qu’il communiait au Calice : “c’est vraiment Son Sang !”. Il désirait tant le Christ qu’il mordait son calice (qui porte encore aujourd’hui la marque de ses dents). Vieux et malade, il disait au prêtre qui lui apportait la Sainte Communion : “donne-moi mon Amour !”. À la fin de sa vie, il pouvait passer plusieurs heures à célébrer la Messe, englouti dans l’Amour du Christ. Et, dans le même mouvement, dans la même dynamique amoureuse de son cœur enflammé, saint Philippe a continué d’aimer les pauvres, de prendre soin d’eux, entrainant ses frères de l’Oratoire avec lui. Aussi, on retrouve quelques traits caractéristiques de l’Oratoire (prêtres et laïcs) : le culte de l’Eucharistie, l’amour de la liturgie (qui incite à la ferveur) et les œuvres de charité.

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur, Lui qui s’est fait si petit, d’être le gardien de nos cœurs. Qu’à l’intercession de saint Philippe Néri, Il mette en nous Sa bonté et Sa tendresse, pour que nous aimions tous nos frères “jusqu’au bout”. Amen.

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